![]() 19 Mai 2009Skier unique… La nouvelle ère Bohême
Poétiques, sublimes, rares… Les skis Bohême jouent la singularité et l’authenticité. Avec une identité affirmée : un placage en bois et, parfois, une queue d’hirondelle, comme ultime finition pour sublimer l’objet. Ébène de Macassar, bois de rose, palissandre de Santos, bois de violette, padouk, etc., le client personnalise son ski et le customise à l’envi. « Actuellement, le noyer français a le vent en poupe, précise Pierre Gjurasevic, directeur marketing et commercial de Bohême. Sa teinte marron avec une finition mat est très tendance. » Loin de la fabrication en série adoptée par les grands noms de la glisse, la petite société des Alpes, nichée dans la région grenobloise, se démarque avec ses modèles haut de gamme et son savoir-faire remarquable. La large gamme de ses produits (près de 40) séduit désormais une clientèle internationale exigeante – 60 % de ventes à l’export (Europe du Nord, Suisse, Russie, Autriche, etc.) –, des débutants mais surtout des sportifs confirmés. Jusqu’aux guides de montagne qui testent le matériel avant sa commercialisation dans les belles boutiques des stations convoitées.
Une histoire de passionnés
À l’origine de la marque, une équipe de passionnés de la glisse qui imagine dans les années 90 des « swallow » (boards) à Chatte dans l’Isère, avant de se lancer en 2001 sur le marché du ski. Une arrivée très remarquée dans le monde du freeride, fasciné par l’esthétisme des produits et leur technicité. « J’ai découvert ces skis magnifiques dans un article sur les marques « underground », paru dans un magazine spécialisé sur la montagne, se souvient Dominique Reynaud, p.-d.g. de Bohême (ex p.-d.g. du groupe Teisseire). Comme il n’était guère aisé à l’époque de se les procurer, je suis allé directement sur place dans leur petit atelier pour passer commande. » Armé pour dévaler les pentes, Dominique Reynaud s’aperçoit rapidement de l’engouement que suscite son nouveau matériel… « Sans m’en rendre compte, je faisais le VRP de la marque ! J’étais en train de réorienter ma carrière professionnelle et j’ai proposé à Olivier Piantoni, l’un des fondateurs de Bohême, de la développer. » Ainsi, en 2003, le professionnel de l’agroalimentaire rachète la société, la restructure, s’adjoint les compétences techniques d’Olivier, aujourd’hui responsable de production. Mais surtout, il conserve l’âme de l’entreprise et son identité : une stratégie de niche et des produits toujours made in France, conçus à la main.
Performance et poésie
L’entreprise compte 5 salariés, dont 4 productifs pour un chiffre d’affaires de 300 000 e l’an passé. « Lors de la saison 2004/2005, nous avions vendu 25 paires de ski, témoigne Dominique Reynaud. Désormais, 600 paires par an sortent de l’atelier. Pour faire face à cette croissance, nous avons quitté notre minuscule local il y a deux ans, et nous avons emménagé dans un atelier de 500 m2 à Lumbin. » C’est dans ce vaste open space que naissent les collections Bohême : surtout du freeride, mais aussi, plus récemment, du ski de piste. Pas moins de 37 heures sont nécessaires à la réalisation d’une seule paire de ski ! « Le noyau en hêtre et peuplier est shapé par un artisan spécialiste du bois, ses cotes sont ensuite définies, ses champs ABS collés, puis le noyau est profilé. Après découpe et sablage des carres, chaque placage de 0,6 mm en bois naturel non traité est manipulé à l’unité. La découpe de la semelle haut de gamme en nanocarbone se fait aussi à la main… Avant le moulage, accompli avec une presse sous vide, les fibres (verre, carbone, kevlar) et les logos sont découpés, la talonnette de protection au niveau du talon du ski préparée. Le produit sera ensuite découpé et poncé pour découvrir le shape final. Vernis et sérigraphie seront apposés. Les semelles seront finies à la pierre et les carres à la céramique. » Dernière touche : un fartage manuel et le collage du logo noir, un grand « B » cerné par deux couguars. « Produire de manière artisanale présente un avantage de taille, celui de pouvoir parfaitement adapter le modèle au niveau du client », poursuit Dominique Reynaud. Parmi les nouveautés, les Shiva pour femmes et les skis Aspen pour hommes, prisés pour leur polyvalence. Avec un coup de cœur pour les lignes féminines ornées d’un oiseau et de fleurs romantiques d’inspiration asiatique… Pas de performance sans poésie… Jolie réussite.
Delphine Després |